La demande pour une revitalisation de la culture du manioc en RDC monte du terrain. Paysans, transformateurs et citoyens en font un impératif de souveraineté alimentaire et un pilier pour la paix sociale.
La relance de la filière manioc n’est plus seulement une priorité gouvernementale, c’est une revendication populaire qui monte des champs et des marchés de la RDC. Lors de notre ronde à Kinshasa, agriculteurs et consommateurs ont pressé les autorités de mettre en avant cette culture essentielle, argumentant qu’elle est la clé pour nourrir le pays et apaiser ses tensions.
« En RDC le souhait d’une relance de la filière manioc est désormais sur toutes les lèvres. Du paysan du Kwilu au vendeur de chikwangue de Kinshasa, la même supplique se fait entendre. Ainsi il faut mettre cette filière en avant », a communiqué Joel Kabengele agriculteur.
« Cette culture, bien plus qu’un simple aliment, est perçue par la population elle-même comme le pilier incontournable de la sécurité alimentaire et un projet de société pacifié. Le manioc, c’est notre vie qu’il faut soutenir », a-t-il ajouté.
Dans la capitale, les cultivateurs, fatigués de lutter seuls contre les maladies des plantes et le manque de moyens, réclament un soutien structurel.
« Nous, on cultive le manioc depuis toujours. Mais les plantes sont malades, on perd une grande partie de la récolte et on n’a pas de machines pour bien le transformer. Ce que nous demandons, c’est que l’État nous aide vraiment. Qu’il nous donne des bons plants, qu’il nous forme, qu’il nous aide à vendre notre production. Il faut mettre notre filière en avant, car c’est elle qui nourrit le pays », s’est exclamé Pascal Mbuyi, agriculteur au Plateau de Bateke.
Certains agriculteurs ont revendiqué, un accès au crédit, des intrants de qualité et des unités de transformation modernes pour réduire les pertes post-récoltes, estimées à près de 30%.
Une filière stratégique qu’il faut valoriser. La perspective des experts et des économistes
Pour leur part, les experts ont abondé dans le sens des agriculteurs. Ils voient dans la structuration de la filière manioc une opportunité économique et sociale immense.
« Nous voulons que le manioc soit enfin traité comme une culture stratégique et non de subsistance. Relancer cette filière, c’est créer des milliers d’emplois en milieu rural, surtout pour les femmes et les jeunes. C’est réduire les importations de blé en produisant notre propre farine panifiable. C’est une vision économique qui part de notre terre et de notre assiette. Il est urgent de la mettre en avant dans les politiques nationales» a analysé Dr. Sarah Kianza, économiste agricole à Kinshasa.
Notre paix est dans notre assiette
Pour le citoyen lambda, la question du manioc est directement liée à la stabilité du pays et au prix de son repas quotidien. La hausse du prix de la farine de blé importée rend la promotion de la farine de manioc locale plus urgente que jamais.
« Regardez, tout augmente. Le pain devient un luxe. Pourtant, nous avons de la terre et nous pouvons cultiver le manioc pour faire notre propre ‘pain’. Pourquoi ne le fait-on pas ? Nous disons aux décideurs : investissez dans le manioc ! Mettez-le à l’honneur. Quand chaque province pourra nourrir sa population avec son propre manioc, il y aura moins de famine, moins de jalousie, et plus de paix. La vraie paix, elle est dans notre assiette. », a témoigné Espérance Tshimuanga, mère de famille à N’sele.
La relance de la filière manioc en RDC est désormais une cause nationale portée par le peuple lui-même.
« Vivement qu’on y consacre les moyens nécessaires. Vivement qu’on lui donne la place qu’elle mérite », ont renchéri les consommateurs.
En écoutant cet appel qui monte de la base, les autorités ont l’opportunité de s’appuyer sur une dynamique populaire pour mener à bien un projet qui nourrira le corps de la nation et apaisera son esprit.
« Un pays qui peut nourrir ses enfants avec les fruits de sa terre est un pays déjà en paix avec lui-même. Mettre en avant la filière manioc, c’est faire ce choix de paix», a résumé un vieux agriculteur.


