Dans l’imaginaire de nombreux jeunes de Kinshasa, l’agriculture reste souvent associée à une activité de villageois, réservée aux personnes âgées, éloignée de la modernité et du dynamisme de la capitale. Pourtant, derrière ce préjugé persistant, émerge une nouvelle génération qui cherche à réhabiliter ce secteur vital.
« Pour beaucoup de mes amis, travailler la terre c’est sale, c’est dépassé. On préfère rêver d’un emploi au bureau ou dans les nouvelles technologies. Mais la réalité, c’est que nous avons besoin de manger, et sans agriculture, rien ne marche», a expliqué Christelle Ndoba, étudiante en communication.
À Kinshasa, ville tentaculaire de plus de 15 millions d’habitants, le fossé est net : d’un côté une jeunesse qui considère l’agriculture comme un symbole de pauvreté, de l’autre quelques pionniers qui y voient une opportunité d’innovation et d’emploi.
« J’ai choisi l’agriculture urbaine parce que je veux être utile à ma communauté. Au début, mes camarades se moquaient de moi, aujourd’hui ils viennent acheter mes légumes frais », a affirmé Junior Lutonadio un jeune agriculteur.
Ces initiatives restent encore minoritaires, mais elles contribuent à transformer l’image de l’agriculture. Pour certains jeunes, elle n’est plus seulement une activité de subsistance, mais un secteur porteur d’avenir. « L’agriculture, ce n’est pas seulement bêcher la terre. C’est aussi la transformation, la commercialisation, l’utilisation des technologies pour améliorer les rendements », souligne Sarah, 28 ans, membre d’un collectif d’agropreneurs urbains.
Les experts rappellent que la RDC, malgré son potentiel agricole immense, importe encore une grande partie de ce qu’elle consomme. Un paradoxe que la jeunesse pourrait contribuer à résoudre.
« Si les jeunes s’impliquent davantage, l’agriculture peut devenir un moteur du développement national », a estimé le Professeur Kalume, spécialiste en agroéconomie.
Pour lui, un changement de mentalité doit s’imposer pour aboutir à une bonne agriculture. « Il faut casser l’idée que l’agriculture est une affaire de vieux. C’est un secteur qui nourrit, qui crée des richesses et qui peut donner une fierté nationale », a-t-il conclu.


