À Kinshasa, la culture maraîchère urbaine, essentielle à l’alimentation de la capitale, est menacée par l’urbanisation désordonnée, la pression foncière et l’absence de protection réglementaire. Les voix des cultivateurs, souvent invisibles dans le débat public, témoignent de leur combat quotidien pour nourrir la ville tout en sauvegardant leurs moyens de subsistance.
Dans la zone de N’djili Brasseries, à l’est de la ville, de nombreux lopins autrefois dédiés à la production de légumes ont disparu sous les fondations de nouveaux bâtiments. Pour les maraîchers, chaque mètre carré perdu réduit la capacité de la ville à se nourrir localement.
« Les terres des maraîchers sont prises par les habitants pour la construction de maisons. Si le gouvernement pouvait sécuriser un terrain pour nous, cela serait une avancée bénéfique », plaide l’Union des associations des femmes maraîchères de Kinshasa (UAFMDK), qui regroupe environ 1 540 agriculteurs, dont 80 % de femmes.
Pour certains, cette activité est un véritable tremplin social. C’est le cas de Sébastien Mbuku, ancien instituteur reconverti dans la production d’amarante et d’épinard sur un lopin de 16 m². Grâce à ce travail, il parvient à faire vivre sa famille.
« Le maraîchage à petite échelle doit être un emploi respecté au même titre que les autres», a-t-il dit.
Un secteur clé pour la capitale
Selon la FAO, la production maraîchère à Kinshasa a connu une croissance fulgurante. Plus de 122 % en cinq ans, avec près de 330 000 tonnes de légumes produits chaque année. L’agriculture urbaine emploie 16 000 petits producteurs et alimente une bonne partie des marchés de la ville.
La capitale, qui compte environ 7 millions d’habitants, dépend fortement de ces cultures. Près de 568 000 tonnes de légumes y sont consommées chaque année. Pour les 18 831 exploitants recensés, le revenu mensuel moyen est d’environ 101 $, ce qui en fait un secteur vital pour la lutte contre la pauvreté et le chômage.
Des pratiques durables en développement
À N’djili Brasseries, dans la ferme agropastorale « Kalonda », des formations à l’agriculture de conservation des sols sont proposées :
« Il est question aujourd’hui de minimiser la perturbation mécanique du sol, de maintenir une couverture permanente et de diversifier les espèces cultivées… des fondamentaux pour réussir dans ce métier », a expliqué un expert local.
Les maraîchers redoutent que l’expansion rapide des quartiers résidentiels ne fasse disparaître leurs espaces de culture. Sans cadre légal, reconnaissance politique ni planification urbaine intégrant l’agriculture, la capitale risque de perdre un pilier de sa sécurité alimentaire et de sa résilience économique.


