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Kinshasa : l’agriculture familiale, moteur oublié du développement

 

Autrefois, chaque parcelle de la capitale congolaise possédait son petit champ. Derrière les maisons poussaient amarantes, oseilles, feuilles de manioc ou encore patates douces. Ces cultures de subsistance, modestes mais vitales, nourrissaient des familles entières et servaient de filet de sécurité en période de crise. Aujourd’hui, cette pratique tend à disparaître, laissant place à une dépendance croissante vis-à-vis des importations alimentaires.

À Kinshasa comme dans d’autres villes du pays, l’agriculture familiale n’est plus qu’un souvenir. L’urbanisation galopante, la pression foncière et l’attrait de produits importés ont réduit les espaces de culture.

« Quand j’étais enfant, ma mère cultivait le pondu derrière la maison. On ne manquait jamais de légumes frais. Aujourd’hui, je dois acheter tout au marché et c’est très cher », a regretté Maman Grâce, habitante de Lemba.

 

La dépendance alimentaire s’aggrave

 

La RDC dispose de 80 millions d’hectares de terres arables, mais en importe chaque année une grande partie de ses denrées alimentaires, notamment riz, poulet et farine de froment. La disparition progressive des potagers familiaux contribue à cette dépendance.

« Moins les ménages produisent eux-mêmes, plus ils deviennent vulnérables aux variations des prix. Cela alourdit la facture alimentaire du pays », a expliqué Dr. Jean Kipula, agroéconomiste à l’Université de Kinshasa.

Experts et organisations rurales n’ont pas manquer d’alerter : négliger l’agriculture familiale revient à fragiliser la souveraineté alimentaire du pays.

« L’agriculture familiale, ce n’est pas du folklore. C’est un véritable pilier de sécurité alimentaire et un levier de développement local », a insisté Chantal Mbayo, coordinatrice d’une ONG agricole à Masina.

Au-delà de la simple production, elle transmet des savoir-faire, crée des liens sociaux et offre des opportunités économiques locales. Réhabiliter cette pratique à travers des politiques incitatives, l’accès aux semences, ou encore l’éducation à la nutrition, pourrait être une voie durable pour réduire la pauvreté et renforcer la résilience des ménages congolais.

Un moteur oublié à relancer

Longtemps reléguée au second plan dans les stratégies de développement, l’agriculture familiale mérite aujourd’hui une nouvelle place.

« Si chaque parcelle retrouvait son potager, Kinshasa deviendrait moins dépendante des camions venus du Bas-Congo ou de l’étranger », a estimé Professeur Mbuyi.

Redonner vie à ces petits champs derrière les maisons, en ville comme en campagne, serait renouer avec une tradition de résilience qui a autrefois sauvé bien des familles congolaises en temps de crise.

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