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Espérance Belau Lila : du manioc à la microfinance, une vision intégrée pour transformer les économies rurales en RDC

Réduire la pauvreté dans les milieux ruraux, structurer les petits producteurs et leur offrir un véritable accès aux services financiers, telle est la mission que s’est donnée l’entrepreneure congolaise Espérance Belau Lila. À travers l’association Qualagric et son groupe d’entreprises BELPES SARL, elle bâtit patiemment un modèle économique qui relie la production agricole, la transformation, la distribution et la microfinance communautaire.

 

 

Au cœur de son engagement, l’ASBL Qualagric (Qualité de vie des producteurs et transformateurs des produits agricoles) œuvre pour organiser les petits producteurs, les former, les encadrer et les appuyer dans l’écoulement de leurs récoltes. L’association rachète leur production, la transforme et l’intègre à des circuits de distribution formels.

 

Récemment, Qualagric a signé une convention de financement de 400 000 euros avec Proparco, un appui crucial pour équiper 750 petits producteurs, dont 60 % de femmes. Ce partenariat inclut également la collaboration avec l’Institut international des plantes tropicales (IITA) pour fournir des boutures améliorées et renforcer les techniques agricoles des paysans.

 

*Le manioc, un levier stratégique pour la souveraineté alimentaire*

 

Si la RDC regorge de ressources agricoles, Espérance Belau Lila a fait le choix stratégique du manioc, une culture présente dans les 26 provinces et qui demeure l’un des rares produits que le pays n’importe pas. À ses yeux, il représente un pilier de souveraineté alimentaire, mais aussi une opportunité économique, avec une large gamme de sous-produits comme : farine panifiable, amidon, aliments pour bétail, engrais organiques ou encore biocarburants.

 

Depuis près de quinze ans, l’entrepreneure dirige le groupe BELPES SARL, qui comprend notamment la Centrale d’achat du Congo; l’une usine de transformation; la Centrale du Congo; BEL Consulting (montage de projets, formation, coaching, mentorat).

 

 

« BELPES rachète la production de manioc, maïs et riz auprès des paysans et transforme ces matières premières en farine, semoule ou riz blanc dans son usine de Kinshasa. Le groupe fournit notamment les grandes chaînes de supermarchés de la capitale, avec l’ambition d’étendre la distribution aux détaillants de proximité dans les prochaines années», a fait Mme Espérance Belau.

 

*Une action massive sur le terrain : chiffres clés*

 

L’impact cumulé des activités de Qualagric et BELPES est considérable. 12 114 agriculteurs encadrés, dont 60 % de femmes; 2 827 coopératives et organisations paysannes appuyées ; 24 500 hectares cultivés dans plusieurs provinces; 140 000 bénéficiaires indirects; 120 tonnes de riz local écoulées chaque année; 300 tonnes de manioc et de maïs transformées et commercialisées.

 

 

Pour les petits producteurs, les changements sont tangibles en organisation en coopératives, paiement sécurisé, hausse des revenus, accès à des variétés améliorées, et montée en compétence.

 

*Les défis qui persistent*

 

Mme Belau a indiqué que malgré ces avancées, les défis structurels restent nombreux.

 

« Les difficultés demeurent par exemple le mauvais état des routes, l’absence d’infrastructures de stockage, la quasi-inexistence d’agronomes dans les villages, le manque d’énergie, la faible mécanisation agricole, et surtout la difficulté d’accéder aux produits financiers dans un pays où 70 % de la population vit en zone rurale», a-t-elle énuméré.

 

Pour répondre à ces obstacles, Espérance Belau Lila préside depuis 2019 le conseil d’administration du réseau MC2 network RDC. Sa mission est d’ implanter dans tout le pays les mutuelles financières des femmes africaines (Muffa) et la mutuelle de croissance communautaire MC2.

 

Ces structures, déjà approuvées en Afrique de l’Ouest et centrale, offrent des comptes d’épargne accessibles ; des microcrédits de 50 à 5 000 dollars ; un accompagnement de proximité dans les communautés rurales.

 

 

À ce jour, elles regroupent 8 000 adhérents dans 8 provinces, pour un portefeuille d’épargne de plus d’un million de dollars.

 

*Un rêve ambitieux : créer un Rungis congolais*

 

Pour l’entrepreneur, la RDC possède le potentiel de devenir un géant agricole. Avec plus de 2 milliards de dollars d’importations alimentaires par an, elle estime qu’un investissement équivalent dans la production locale pourrait permettre au pays de nourrir toute l’Afrique.

 

Son projet le plus ambitieux est d’installer en RDC un marché central moderne inspiré du marché de Rungis en France, permettant d’ interconnecter les provinces, d’unifier les circuits de distribution et d’assurer une circulation fluide des produits agricoles.

 

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