Face aux dangers sanitaires et environnementaux des pesticides chimiques, la République démocratique du Congo (RDC) expérimente une alternative prometteuse. Des maraîchers de Kinshasa, soutenus par Caritas Développement, se sont engagés dans la production de pesticides biologiques. Cette initiative collective ouvre la voie à une agriculture durable et respectueuse de la santé humaine.
À Kinshasa, la production maraîchère est au cœur des préoccupations de santé publique. Une étude menée par le professeur Jean de Dieu Lomingo a mis en évidence la présence inquiétante de résidus de pesticides chimiques dans les légumes consommés par la population. Ces substances nocives menacent non seulement la santé des consommateurs mais aussi celle des producteurs qui, souvent, les manipulent sans équipements de protection ni respect des normes de dosage.
Pour inverser cette tendance, des maraîchers locaux, accompagnés par Caritas Développement Kinshasa, produisent désormais leurs propres pesticides biologiques à base de plantes locales.
Des solutions locales à base de plantes congolaises
Dans les périphéries de Kinshasa, notamment à N’djili Brasserie, des dizaines de maraîchers ont appris à transformer des plantes connues pour leurs propriétés insecticides : l’ail, le gingembre, le tabac, le chromonela, l’ortie et le lantana camara. Ces ingrédients sont transformés en solutions naturelles pour protéger les cultures contre les ravageurs et maladies.
« Aujourd’hui, chaque maraîcher produit lui-même ses biopesticides. Certains cultivent même ces plantes à côté de leurs champs. Les résultats sont positifs », explique Philbert Tulunda Nsalampa, chargé de programme à Caritas Développement Kinshasa.
Cette démarche permet de renforcer l’autonomie des maraîchers tout en leur garantissant de bons rendements et une meilleure qualité sanitaire des légumes.
Le rôle central de Philbert Tulunda et Caritas Développement
À la tête de cette initiative, Philbert Tulunda coordonne les projets agroécologiques de Caritas Développement. Il souligne l’importance de cette démarche pour protéger les maraîchers et les consommateurs.
« Nous voulons aller plus loin en développant des formulations concentrées pour traiter de plus grandes superficies agricoles. Nous collaborons avec des partenaires pour atteindre cet objectif », précise-t-il.
Le plaidoyer du CNPAF pour une transition agroécologique
Le Comité national pour la promotion de l’agriculture familiale en RDC (CNPAF), impliqué dans le domaine de l’agriculture, milite pour l’adoption généralisée des pratiques agroécologiques. Lors du Festival AlimenTerre 2023, l’organisation a présenté une note de plaidoyer encourageant : Le soutien aux producteurs familiaux pour la transition agroécologique.; La création de zones de production protégées; Le financement de la recherche sur les intrants biologiques; Le renforcement des contrôles sur les pesticides non autorisés en RDC.
« Il faut encourager l’utilisation des biopesticides et garantir une production alimentaire saine pour tous », a insisté Sylvain Ntumba, coordonnateur du CNPAF.
Un modèle à reproduire
L’initiative congolaise se positionne comme un modèle pour d’autres pays africains confrontés aux mêmes défis. Les maraîchers, désormais formés et autonomes, deviennent les acteurs d’un changement majeur vers une agriculture responsable.
« Depuis que qu’ils utilisent les biopesticides, mes légumes sont plus sains et mes clients me font confiance », avait confié une maraîchère bénéficiaire du projet auprès de M. Philibert Tulunda Nsalampa.
La protection des sols, la santé des consommateurs et le bien-être des producteurs, la production des bio pesticides représente un espoir pour la RDC. Si elle est consolidée par un appui technique et financier accru, cette innovation pourrait transformer durablement le secteur agricole congolais.


